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| Pourtant chacun vit d’espoir |
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Pour le malade il s’agit d’abord de guérison, d’amélioration de son état, d’arrêt de l’aggravation.
Le rapport avec le praticien, s’il est harmonieux, est paradoxal. Celui qui sait, qui peut intervenir sur son bien le plus précieux qu’est sa vie, est le point dur d’une discussion fatalement devenue unilatérale. Les paroles du praticien sont captées avec avidité, elles vont immédiatement moduler la pensée, la privant d’une certaine forme de liberté. Le malade SLA évolue dans sa maladie en eaux troubles. Le malade et la famille vont vivre toutes ces étapes éprouvantes et muettes de toute réponse, avec cette angoisse d’une fin qui s’annonce… mais comment ? Tout individu est sur cette même trajectoire se terminant par sa propre mort, à un rythme conditionné par l’âge, mais sans prise de conscience vraie, même pour le vieillard. Or le malade SLA est soudainement propulsé dans la réalité de sa mort, puisqu’il sait de quoi il va mourir en ignorant le quand, mais souvent bien averti sur le comment, ce comment terrifiant par le spectre effroyable et d’ailleurs irréaliste de l’asphyxie… Chaque jour il faudra faire face à un nouveau problème, avec cet emboîtement machiavélique des handicaps, sans qu’il soit possible de profiter de la résolution efficace du précédent. Aujourd’hui est de toute façon mieux que demain avec son cortège d’inattendus. Vivre l’instant devient pourtant essentiel, en oubliant les références et les repères du passé, sans omettre la projection dans un futur, même incertain.Est-ce si facile ? Quelle valeur a désormais le présent, dès lors que le simple fait de sa réalité appartient déjà au passé et que pourtant sa construction repose sur le futur ? Est-ce si facile puisque nous ne sommes que la résultante du vécu, modulant le cadre imposé par l’implacable de la génétique- je suis petit ou grand, bien portant ou malingre –, mais pétri par l’affectif, le social, le culturel. Désormais qu’est ce que je souhaite pour ma vie ?Comment vais-je pouvoir accepter le fauteuil, la gastrostomie… ?
La simple mais complexe action de vie, ponctuée de ces inévitables corvées dont elle est faite, devient de plus en plus difficile à assumer, la maladie ne laissant en l’état que cet intellect et la mesure du poids de sa dégradation. Bien portant que je suis encore, cela me parait impossible et il n’est pas rare d’entendre « je ne pourrai accepter cela, je mettrai fin à mes jours », et à ce stade cela est possible… Mais la force de vie est là et sous-tend une étonnante combativité face à cet adversaire non identifié mais bien présent ! Tout se désorganise un peu plus, mais l’espoir est présent, toujours nourri par cette quête d’informations sur les essais thérapeutiques. N’oublions jamais combien la formidable réussite des antibiotiques sur les maladies bactériennes a laissé croire à la guérison possible des maladies et les vaccins aux moyens de s’en protéger. Cela est à l’origine d’une grande confusion, mais ne nous y trompons pas : les nouveaux agents infectants sont là, avec leur remarquable adaptabilité aux circonstances et leur indifférence face aux traitements en vigueur. La combativité, l’espoir, les grands mots, le « projet de vie » deviennent peu à peu vides de sens avec le sentiment de l’inutilité des batailles. Ce corps transformé devient subitement étranger, inconnu, ce n’est plus un « chez-soi » confortable mais un adversaire. A ce degré de dépendance, le projet de vie ne peut que se réduire à l’émergence précoce d’un événement programmé : naissance d’un enfant ou petit enfant, réussite à un examen, confirmation d’une situation espérée, peut être redoutée…
C’est alors que va se poser la démarche d’accompagnement de fin de vie, en cas de refus de la trachéotomie. |
