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| Toute vie à une fin |
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Nous ignorons ou plutôt évacuons de notre esprit ce grand moment de vie qu’est cet instant ultime, au vécu modulé par notre culture, nos croyances. C’est un moment à vivre intensément avec les siens, on entend parfois dire d’un être cher « on m’a volé sa mort ». Cela se vit dans l’accompagnement mais aussi dans la solitude. L’alpha et l’oméga de la vie – la naissance et la mort - se rejoignent. L’enfant qui vient au monde est projeté avec violence dans un inconnu glacial et hostile pour lui, que ses parents rassurent immédiatement.
C’est l’alpha de la vie. Les gestes de tendresse, avec le toucher, sont d’une importance capitale. Ils permettront de créer très vite ce lien sécurisant, si fort, avec la mère, lien qui s’imprimera, de façon inconsciente et indélébile sous forme de mémoire heureuse de ce contact et de cette odeur . Ce processus est universel, c’est lui qui permet à l’animal de reconnaître son petit au sein du troupeau. A l’oméga de la vie, en fin de vie, ces mêmes gestes de tendresse, ce contact par le toucher, ces caresses apporteront cette paix et seront les témoins d’un puissant et vivace lien familial. Ce lien contribue à une vraie rencontre avec soi-même. C’est le sens véritable de l’accompagnement pour affronter la solitude, bien certaine pourtant. La difficulté est réelle pour les accompagnants qui ne doivent pas feindre, mais être dans la vérité. Le partage de ces instants hautement signifiants doit être authentique, profond, intense. Il est inutile de masquer une émotion bien présente et feindre la gravité du moment qu’il ne faut pas « rater ». La pudeur n’est pas de mise, l’heure est à la spontanéité dans le partage du ressenti. Accepter que la vie physique ait une fin, acceptation délibérée si la trachéotomie a été refusée, est le résultat d’un cheminement progressif tout au long de la maladie avec son rythme changé, ses inévitables temps de réflexions auxquelles la famille est mêlée, avec l’installation d’un processus de deuil avant l’heure. L’acte de survie a été évacué pour ne laisser place qu’à la vie avec son déroulement. La personne en fin de vie « attend » parfois la réalisation d’un acte qui lui tient à cœur, de revoir un être cher, un parent, un ami avec qui il était en rupture et pour lequel le moment de rompre un silence, de dévoiler un secret est venu. Ces considérations vont introduire une planification préalable pour que la paix soit là, le moment venu.
Vous le conjoint, le parent, l’ami, participerez activement , par votre silence respectueux, à un échange actif et vrai, lors de ce moment de vie tellement signifiant, devenu tellement paisible car rien n’aura été laissé au hasard. |
